Phonétique
Phonétique : ce qu’il faut savoir
La phonétique correspond à la compréhension que les lettres et les groupes de lettres représentent les sons de la langue parlée, et que cette connaissance permet de lire et d’écrire des mots. Elle comprend l’enseignement des correspondances graphème-phonème, soit le lien entre les graphèmes (lettres ou groupes de lettres) et les phonèmes (unités de sons).
L’enseignement s’effectue dans les deux sens : décoder un mot écrit en identifiant les sons pour le lire, et encoder un mot entendu en représentant les sons à l’aide de lettres. À la maternelle et au jardin d’enfants, cet apprentissage débute par les correspondances graphème-phonème les plus fréquentes et régulières, incluant les consonnes simples, des voyelles courantes et certains graphèmes fréquents comme . Ces apprentissages permettent de fusionner des sons pour lire des mots simples et de segmenter des mots en phonèmes pour les écrire.
Au fur et à mesure de sa progression dans le programme-cadre, l’élève :
- A3.4 : reconnaît des correspondances graphèmes-phonèmes simples
En pratique :
- Reconnaître les graphèmes simples constitués d’une seule lettre représentant un phonème
- Prendre conscience que le nom de la lettre et le phonème auquel il correspond peuvent être identiques ou différents
- Dans le cas des voyelles, le phonème est entendu dans le nom de la lettre. Toutefois, les voyelles et peuvent faire plus d’un son (p. ex., le, sel , genou; gros, octobre)
- Dans le cas des consonnes, le son est entendu au début du nom de la lettre (p. ex., la lettre <b> prononcée « bé », représente le phonème /b/) ou à la fin (p. ex., la lettre <l>
prononcée « èl » représente le phonème /l/) - Certaines consonnes représentent plus d’un son (c, g, s) ou encore elles représentent un son qui n’est pas facile à repérer à partir de leur nom (h, w, y)
- Prendre conscience que certaines lettres sont doubles (géminées), mais qu’elles ne correspondent qu’à un seul phonème (p. ex., <f> et <ff> = /f/ )
- Prendre conscience que certaines lettres ont des accents qui changent le phonème (son) correspondant (<é> = /e/; <è> et <ê> = /ɛ/)
- Comprendre que plusieurs lettres de l’alphabet (graphèmes simples) peuvent correspondre à un même phonème (<c>, <k> et <q> et
= /k/)
- Comprendre qu’un ou plusieurs sons peuvent être représentés par le même graphème ( /s/ est représenté par <s>, <ss>, <ç>, t devant i + voyelle, etc.)*
*On ne présente pas les règles ou les exceptions / irrégularités à ce stade, mais si on a besoin d’un ç ou d’un tréma, on explique brièvement le phonème que représente le graphème.
Au fur et à mesure de sa progression dans le programme-cadre, l’élève :
- A3.5 : utilise des correspondances graphèmes-phonèmes et l’orthographe pour lire et épeler des mots simples
En pratique :
- Fusionner les sons que représentent les graphèmes pour lire
- Segmenter les phonèmes dans le mot et représenter chacun d’eux par leur graphème correspondant pour l’orthographier
Quelles sont les nouveautés du programme-cadre de 2026 ?
Dans le Programme de la maternelle et du jardin d’enfants de 2016, les attentes liées à la phonétique étaient plus générales et moins clairement définies, mettant l’accent sur la connaissance globale des lettres dans différents contextes. Le programme-cadre de 2026 introduit des attentes spécifiques portant sur la reconnaissance des correspondances graphèmes-phonèmes simples (A3.4) et leur utilisation pour lire et épeler des mots simples (A3.5).
Le Continuum des notions fondamentales de la lecture et de l’écriture précise que cet enseignement comprend des graphèmes simples et fréquents du français, ainsi que leur application dans la lecture et l’écriture de mots simples.
Le programme-cadre met également en évidence que ces connaissances doivent être appliquées. En lecture, l’identification des graphèmes, la production des phonèmes correspondants et leur fusion soutiennent le décodage de mots simples (p. ex., CV, VC, CVC). En écriture, l’identification des phonèmes entendus et leur représentation à l’aide de graphèmes soutiennent l’encodage.
Cette évolution offre des repères beaucoup plus clairs quant aux connaissances à acquérir et aux habiletés à développer afin de soutenir l’apprentissage de la lecture et de l’écriture.
Vers la 1re année : phonétique
En 1re année, l’enseignement s’appuie sur les correspondances graphème-phonème introduites à la maternelle et au jardin d’enfants. Il vise une plus grande automatisation des correspondances connues, leur application dans la lecture de textes continus et l’apprentissage de graphies plus complexes et moins régulières propres au système orthographique du français. Cette progression permet de passer de la lecture et de l’écriture de mots simples à une utilisation plus fluide et plus flexible des correspondances graphème-phonème.
Enseignement de la phonétique
Afin de s’aligner au programme-cadre de 2026, l’enseignement de la phonétique passe d’une approche occasionnelle à un enseignement explicite et systématique. Cela signifie que l’enseignement est planifié et structuré, et qu’il progresse de l’écoute des sons vers la lecture et l’écriture de mots.
Pour être efficace, l’enseignement de la phonétique doit être :
Systématique
L’enseignement suit une progression planifiée et séquentielle, allant du plus simple au plus complexe, afin d’assurer une couverture complète des correspondances graphème-phonème. Plutôt que d’attendre que les sons apparaissent dans les textes, l’enseignement s’appuie sur une séquence intentionnelle qui permet d’aborder tous les éléments essentiels.
L’enseignement débute généralement par des correspondances fréquentes et utiles, permettant de construire rapidement des mots simples pour favoriser des réussites initiales et soutenir l’engagement dans l’apprentissage. Chaque nouvel apprentissage s’appuie sur les précédents grâce à une pratique cumulative. Les correspondances déjà enseignées sont réinvesties régulièrement afin de soutenir la consolidation et l’automatisation.
Explicite
L’enseignement est clair, direct et sans ambiguïté. Les correspondances graphème-phonème sont présentées de manière explicite, sans laisser place à l’inférence, ce qui permet de réduire les approximations et de soutenir tous les profils d’apprentissage. Par exemple : « Cette lettre est A. Elle représente le son /a/. »
Une structure du type Je fais, nous faisons, vous faites, permet de modéliser les apprentissages, de guider la pratique et de soutenir l’application autonome. La rétroaction est immédiate et ciblée afin de corriger les erreurs et de prévenir l’installation de représentations erronées.
Utilisation de textes décodables
Afin de consolider les apprentissages, l’enseignement inclut des occasions d’application dans des textes décodables. Ces textes sont conçus à partir des correspondances graphème-phonème déjà enseignées, assurant une cohérence entre l’enseignement et la lecture. Cette approche permet de soutenir le développement du décodage en encourageant l’attention au code écrit, plutôt que le recours à des indices visuels ou contextuels. L’utilisation de textes décodables contribue à renforcer le lien entre l’enseignement et la lecture, et à développer des habitudes efficaces en lecture.
Évaluation de la phonétique
L’évaluation de la phonétique s’appuie sur plusieurs sources d’information.
Les épreuves de dépistage permettent de recueillir des données sur la connaissance des lettres, la production des sons et la capacité à lire des mots simples. Au fil de l’année scolaire, les compétences évaluées peuvent inclure la production des sons associés aux lettres, la lecture de non-mots et l’identification des phonèmes dans les mots.
Un inventaire des correspondances graphème-phonème peut également être utilisé afin de déterminer quelles correspondances sont connues en lecture (à partir d’un graphème) et mobilisées en écriture (à partir d’un phonème). Le suivi des progrès permet d’observer l’évolution des apprentissages et d’ajuster l’enseignement en fonction des besoins.